Les Sabéens (1) poussèrent l’argument plus loin que les philosophes et dirent : puisque les existants du monde sublunaire sont composés (2) sous l’influence des astres et des entités spirituelles (3) qui président aux planètes, et puisque leurs conjonctions comportent des aspects de bon augure (4) ou de mauvais augure, il est inévitable que leurs effets manifestent beauté et laideur dans les mœurs, la morphologie et les actes.
Or les intelligences humaines sont de même nature ; il convient donc que tout esprit sain et tout tempérament droit les saisissent, sans que la connaissance des intelligibles dépende d’un semblable appartenant à la même espèce. Nous n’avons, par conséquent, nul besoin de quiconque viendrait nous faire connaître la beauté ou la laideur des choses, leur bonté ou leur méchanceté, leur utilité ou leur nocivité. De même que, par la raison, nous tirons de la nature des choses leurs profits et leurs méfaits, nous déduisons des actes de l’espèce humaine (5) ce qu’ils ont de bon ou de mauvais ; nous nous attachons, autant que possible, à ce qui est bon d’entre eux (6) et nous évitons, selon nos forces, ce qui en est mauvais. De quel besoin aurions-nous donc d’un législateur qui viendrait imposer sa loi à nos intelligences ?!