à discerner l’intérêt supérieur, global, qui concerne l’ensemble de l’humanité, il fallait donc, selon la sagesse, qu’il existât parmi les hommes une loi imposée par un législateur les engageant à croire, dans leur totalité, aux réalités invisibles (1) et les guidant, de façon détaillée, vers ce qui assure le bien de leur vie présente comme de leur vie future. Ce législateur réunit ainsi pour eux les deux parts que sont la connaissance et l’action (2), conformément à l’exigence de la raison, et les amène à se diriger vers le bien absolu et à se détourner du mal absolu, afin de préserver leur espèce et de maintenir l’ordre du monde.
Par ailleurs, ce législateur (3) doit être distingué parmi eux par des signes attestant qu’ils proviennent de son Seigneur — exalté soit-Il —, et surpasser les autres par une raison pondérée, un jugement solide, une intuition pénétrante (4), une moralité exemplaire, un maintien et une conduite irréprochables. Il use de douceur dans ses propos, les consulte pour les affaires, leur parle selon la mesure de leur entendement et ne leur impose que ce qui est à la hauteur de leurs capacités et de leurs forces.
Ils ont ajouté (5) : les muʿtazilites se sont trompés lorsqu’ils ont ramené le beau et le laid aux seules qualités intrinsèques des actes. Ils auraient pu, à juste titre, appliquer ce principe à la connaissance et à l’ignorance, car les actes varient selon les personnes, les époques et les autres circonstances ; ils ne possèdent pas des caractéristiques invariables et inhérentes qui ne les quitteraient jamais.