Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

« Ce qui, s’il émanait d’un autre que Toi, me paraîtrait blâmable…
Tu l’accomplis pourtant, et — venant de Toi — cela devient parfait. » (1)

Nous tenons, pour notre part, qu’il est répréhensible de ne pas secourir les noyés et les mourants ; pourtant, lorsque le Très-Haut les noie ou les fait périr, rien de tout cela n’est blâmable venant de Lui. De même, nous jugeons qu’il serait condamnable qu’un homme parmi nous laisse ses esclaves — hommes ou femmes — s’entretuer, se réduire mutuellement en captivité et se corrompre les uns les autres alors qu’il pourrait les en empêcher ; or Allah — exalté soit-Il — a laissé Ses serviteurs dans cet état bien qu’Il soit pleinement capable de les en préserver, et, de Sa part, cela demeure louable, nullement répréhensible.

Si telle est Sa condition, et telle est la nôtre, comment pourrait-on donc assimiler Ses actes aux nôtres ? Il s’ensuit qu’aucune obligation ni interdiction ne peut Lui être assignée. Plus encore, obligation et interdiction supposent un prescripteur et un interdicteur, un ordonnateur qui commande ou défend ; or il y a une différence entre celui qui prescrit et celui sur qui pèse la prescription — chose inconcevable à l’égard de l’Unique, le Tout-Puissant. En effet, l’obligation comme l’interdiction sont des exigences d’agir ou de s’abstenir formulées dans une position de supériorité ; comment pourrait-on imaginer qu’elles visent Celui qui échappe à toute domination ?

Ils ont encore rétorqué : « Les obligations et interdictions que vous prétendez imposer à Allah comportent des corollaires viciés (2) ; l’invalidité de ces corollaires prouve l’invalidité même de la prémisse.

Corollaire n° 1 : si vous déclarez obligatoire pour Allah de veiller, dans Ses actes, à l’intérêt et à ce qu’il y a de plus profitable, il vous faut tout autant l’imposer au serviteur dans ses propres actes, afin que la comparaison de l’Invisible au visible soit recevable. Or, puisqu’il est unanimement admis qu’une telle exigence ne nous incombe pas, même dans la mesure de nos moyens, cette comparaison s’écroule pour l’Invisible.

Votre distinction entre l’Invisible et le visible fondée sur la fatigue et la peine que cela entraînerait ne saurait tenir

(1) Ce vers est attribué à Abou Nouâs, Dîwân, p. 383 ; d’autres l’ont cependant rapporté à un autre auteur. (2) Voir : Nihâyat al-Aqdâm, pp. 406-410.
ويقبُح مِنْ سِواكَ الفعلُ عندي ... فتفعلُه فيحسُن منك ذاكا (١) ونحن نرى تركَ إنقاذ الغرقى والهلكى قبيحًا منَّا، وهو سبحانه إذا أغرقهم وأهلكهم لم يكن قبيحًا منه، ونرى تركَ أحدنا عبيدَه وإماءه يقتلُ بعضهم بعضًا، ويسبي بعضهم بعضًا، ويفسدُ بعضهم بعضًا، وهو متمكِّنٌ من منعهم= قبيحًا، وهو سبحانه قد ترك عبادَه كذلك، وهو قادرٌ على منعهم، وهو منه حسنٌ غيرُ قبيح. وإذا كان هذا شأنه سبحانه وشأننا، فكيف يصحُّ قياسُ أفعاله على أفعالنا؟! فلا يُدْرَكُ إذَن الوجوبُ والتَّحريمُ عليه بوجه، كيف والإيجابُ والتَّحريمُ يقتضي مُوجِبًا محرِّمًا، آمرًا ناهيًا، وبينه فرقٌ وبين الذي يجبُ عليه ويحرُم. وهذا محالٌ في حقِّ الواحد القهَّار، فالإيجابُ والتَّحريمُ طلبٌ للفعل والتَّرك على سبيل الاستعلاء، فكيف يُتصَوَّرُ غائبًا؟! قالوا: وأيضًا، فلهذا الإيجاب والتَّحريم اللذَيْن زعمتم على الله لوازمُ فاسدة (٢)، يدلُّ فسادُها على فساد الملزوم: اللازم الأوَّل: إذا أوجبتم على الله تعالى رعايةَ الصَّلاح والأصلح في أفعاله، فيجبُ أن توجبوا على العبد رعايةَ الصَّلاح والأصلح أيضًا في أفعاله، حتى يصحَّ اعتبارُ الغائب بالشَّاهد، وإذا لم يجب علينا رعايتُهما بالاتفاق ــ بحسب المقدور ــ بَطَل ذلك في الغائب. ولا يصحُّ تفريقُكم بين الغائب والشَّاهد بالتَّعب والنَّصَب الذي يلحقُ
(١) البيت لأبي نواس، في ديوانه (٣٨٣). ونُسِبَ لغيره. (٢) انظر: «نهاية الأقدام» (٤٠٦ - ٤١٠).

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