à l’endroit des malfaiteurs, pour refréner les tyrans, préserver la vie, apaiser la colère et rafraîchir la brûlure du malheur qui ronge les proches de la victime.
Un autre argument lui est cependant opposé : il ne s’agirait que d’une destruction répondant à une destruction, d’une agression ripostant à une agression, sans que le premier mort ne reprenne vie lorsque l’on tue le second ; on ne ferait ainsi qu’accroître la corruption en supprimant deux existences. Quant à l’utilité supposée de la dissuasion, de l’intimidation ou de la sauvegarde de l’espèce, elle n’est qu’hypothétique, tandis que la perte liée au talion est, elle, certaine.
Ainsi les deux considérations s’affrontent. Peut même s’y ajouter une troisième : l’intellect se demande s’il doit tenir compte d’autres conditions que la seule humanité – raison ou folie, majorité légale ou minorité, connaissance ou ignorance, intégrité ou déficience, parenté ou étrangeté. L’esprit se retrouve alors dans la plus grande perplexité ; il faut donc qu’un Législateur vienne détailler cette procédure et fixer une règle (1) à laquelle la communauté se conformera pour que ses intérêts se stabilisent.
Il apparaît par là que les significations ainsi déduites relèvent du seul raisonnement de l’intellect et de la simple élaboration mentale, sans que l’acte les porte en lui ; car, si elles étaient des attributs intrinsèques de l’action, il en résulterait qu’un même mouvement contiendrait des qualités contradictoires et des états incompatibles (2).
Lorsque nous disons que « l’intellect les a dégagées », nous n’entendons pas qu’elles existaient dans la chose et que la raison se serait contentée de les en extraire ; l’intellect hésite plutôt entre les différentes façons de rapporter les états les uns aux autres et les relations des personnes ou des mouvements, d’une espèce à une autre ou d’un individu à un autre,