Si vous dites : « Il se cache peut-être, dans le fait même de noyer et de faire périr, un secret qui nous échappe, un dessein que nous n’avons pas atteint », imaginez donc qu’il en aille de même lorsque, de notre côté, nous négligeons de sauver les noyés, voire lorsque nous faisons périr ceux que nous faisons périr ; car, quant aux dispositions intérieures, ces deux actes sont rigoureusement identiques (1), aussi bien pour la raison que pour la Loi révélée.
En vérité, le Très-Haut ne subit aucun tort de la désobéissance du serviteur et ne retire aucun profit de son obéissance ; Sa capacité à lui témoigner Sa bienveillance n’est tributaire d’aucune action provenant de ce serviteur. De la même manière qu’Il lui a octroyé, gratuitement et d’emblée, les dons les plus munificents et les faveurs les plus élevées : la beauté de la physionomie, la perfection de la création, l’équilibre de la constitution, la préparation des organes, l’achèvement des facultés, la rectitude de la stature (2), la jouissance du souffle vital, l’excellence qu’est la vie de l’âme, l’honneur d’une disposition à accueillir le savoir, et la guidance vers Sa connaissance – la plus sublime de Ses récompenses ; « Et si vous comptez les bienfaits d’Allah, vous ne saurez les dénombrer » [Ibrahim : 34] –, Il est, exalté soit-Il, encore plus capable de perpétuer Ses bienfaits à son égard.
Comment alors serait-Il tenu d’imposer au serviteur un culte pénible dans l’instant présent en échange d’une récompense attendue ultérieurement ? Ne serait-il pas plus aisé pour le serviteur, si Allah lui avait remis les rênes du libre choix afin qu’il fasse ce qu’il veut, suivant l’inclination naturelle (3) portée vers les délices des passions, puis le comblait ensuite de largesses sans compter ? Cela ne serait-il pas plus reposant pour le serviteur et nullement blâmable aux yeux de la raison ?
Deux voies se trouvent ainsi en opposition :
- Qu’Il leur impose des obligations, qu’Il ordonne et interdise de sorte qu’Il soit tantôt obéi, tantôt désobéi, puis qu’Il les récompense