Ils disent : quand bien même nous concéderions que cette hypothèse soit possible, elle n’aboutirait qu’à prouver la beauté de la véracité dans le cas observable ; quant à sa bonté dans le cas non observable, on ne peut l’affirmer qu’en recourant à une analogie du non observable à l’observable, analogie irrecevable, tant la différence qui l’annule est manifeste.
Ce qui réduit l’analogie à néant, c’est que, si un maître voyait ses esclaves, hommes et femmes, se mêler les uns aux autres, commettre des injustices et des turpitudes, alors qu’il les observe et qu’il est capable de les en empêcher, son attitude serait blâmable ; pourtant Allah a bien laissé Ses serviteurs dans cet état, Il les a même aidés et pourvus, et cela n’est nullement blâmable venant de Lui, exalté soit-Il.
N’est pas fondée non plus leur affirmation selon laquelle Allah les aurait laissés afin qu’ils se réfrènent d’eux-mêmes et méritent ainsi la récompense ; car Il savait qu’ils ne se réfrèneraient pas. Qu’Il les en empêche donc par contrainte (1) ! Combien de gens sont tenus à l’écart des turpitudes par quelque empêchement ou par impuissance (2), et cela vaut mieux que de les y laisser alors qu’Il sait qu’ils ne se retiendront pas (3).
En somme, assimiler les actes d’Allah à ceux des créatures est catégoriquement invalide ; c’est un pur anthropomorphisme des actions. C’est pourquoi les Muʿtazilites qadariyya cumulent la négation des attributs et l’assimilation dans les actes : ils sont à la fois négateurs et anthropomorphistes, vêtus d’un habit chamarré des deux côtés !
De plus, l’argument du sauvetage des noyés que vous avancez se retourne contre vous : le fait même de noyer et de faire périr est beau venant d’Allah et n’est pas blâmable, tandis qu’il s’agit pour nous de l’acte le plus répréhensible ; si le sauvetage est un bien, il faudrait donc que la noyade fût un mal.