Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Ils disent : quand bien même nous concéderions que cette hypothèse soit possible, elle n’aboutirait qu’à prouver la beauté de la véracité dans le cas observable ; quant à sa bonté dans le cas non observable, on ne peut l’affirmer qu’en recourant à une analogie du non observable à l’observable, analogie irrecevable, tant la différence qui l’annule est manifeste.

Ce qui réduit l’analogie à néant, c’est que, si un maître voyait ses esclaves, hommes et femmes, se mêler les uns aux autres, commettre des injustices et des turpitudes, alors qu’il les observe et qu’il est capable de les en empêcher, son attitude serait blâmable ; pourtant Allah a bien laissé Ses serviteurs dans cet état, Il les a même aidés et pourvus, et cela n’est nullement blâmable venant de Lui, exalté soit-Il.

N’est pas fondée non plus leur affirmation selon laquelle Allah les aurait laissés afin qu’ils se réfrènent d’eux-mêmes et méritent ainsi la récompense ; car Il savait qu’ils ne se réfrèneraient pas. Qu’Il les en empêche donc par contrainte (1) ! Combien de gens sont tenus à l’écart des turpitudes par quelque empêchement ou par impuissance (2), et cela vaut mieux que de les y laisser alors qu’Il sait qu’ils ne se retiendront pas (3).

En somme, assimiler les actes d’Allah à ceux des créatures est catégoriquement invalide ; c’est un pur anthropomorphisme des actions. C’est pourquoi les Muʿtazilites qadariyya cumulent la négation des attributs et l’assimilation dans les actes : ils sont à la fois négateurs et anthropomorphistes, vêtus d’un habit chamarré des deux côtés !

De plus, l’argument du sauvetage des noyés que vous avancez se retourne contre vous : le fait même de noyer et de faire périr est beau venant d’Allah et n’est pas blâmable, tandis qu’il s’agit pour nous de l’acte le plus répréhensible ; si le sauvetage est un bien, il faudrait donc que la noyade fût un mal.

(1) Les manuscrits T et D portent : « … ولم يمنعهم قهرًا », tandis que le ms. Q lit : « … ولا يمنعهم قهرًا », lecture fautive. Nous suivons la leçon adoptée dans al-Mustasfa ; voir aussi al-Mankhul, p. 70, et Ihkam al-Ahkam d’al-Amidi, I, 86. (2) Al-Mustasfa lit : « بعَنَّةٍ وعجز » (« par impuissance et incapacité »). (3) Al-Mustasfa, I, 119.
قالوا: ولئن سلَّمنا أنَّ ذلك التقديرَ ممكن، فغايتُه أن يدلَّ على حُسْن الصِّدق شاهدًا، ولكن لا يلزمُ حُسْنُه غائبًا إلا بطريق قياس الغائب على الشاهد، وهو فاسد؛ لوضوح الفرق المانع من القياس. والذي يقطعُ دابرَ القياس أنَّ السَّيِّد لو رأى عبيدَه وإماءه يَمُوجُ بعضهم في بعض، ويركبون الظُّلمَ والفواحش، وهو مطَّلعٌ عليهم، قادرٌ على منعهم، لقَبُحَ ذلك منه، والله ﷿ قد فعل ذلك بعباده، بل أعانهم وأمدَّهم، ولم يقبُح منه سبحانه. ولا يصحُّ قولهم: إنه سبحانه تركهم لينزجروا بأنفسهم ليستحقُّوا الثَّواب؛ لأنه سبحانه قد عَلِمَ أنهم لا ينزجرون، فلْيَمْنَعهم قهرًا (١)، فكم من ممنوعٍ من الفواحش لعلَّةٍ وعجز (٢)، وذلك أحسنُ من تمكينه مع العلم بأنه لا ينزجر (٣). وبالجملة، فقياسُ أفعال الله على أفعال العباد باطلٌ قطعًا، وهو محضُ التَّشبيه في الأفعال، ولهذا جمعَت المعتزلةُ القدرية بين التَّعطيل في الصِّفات والتَّشبيه في الأفعال، فهم معطِّلةٌ مشبِّهة، لباسُهم مُعَلَّمٌ من الطَّرفين! كيف وإنَّ إنقاذ الغَرقى الذي استدللتم به حجَّةٌ عليكم، فإنَّ نفسَ الإغراق والإهلاك يحسُن منه سبحانه ولا يقبُح، وهو أقبحُ شيءٍ منَّا، فالإنقاذُ إن كان حسنًا فالإغراقُ يجبُ أن يكون قبيحًا.
(١) (ت، د): «ولم يمنعهم قهرا». (ق): «ولا يمنعهم قهرا». وهو خطأ. والمثبت من «المستصفى». وانظر: «المنخول» (٧٠)، و «إحكام الأحكام» للآمدي (١/ ٨٦). (٢) «المستصفى»: «بعنَّةٍ وعجز». (٣) «المستصفى» (١/ ١١٩).

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