De même, dissimuler un secret et tenir un engagement sont des pratiques que les hommes ne se recommandent réciproquement qu’en raison des intérêts qu’elles comportent ; c’est pourquoi ils leur prodiguent des louanges. Ainsi, celui qui accepte de subir un préjudice dans ce domaine (1) ne l’accepte qu’en vue de l’éloge.
[Et si l’on imagine un cas où aucun éloge ne serait prononcé, il demeure que cet acte a été, de fait, constamment associé à la louange ; l’imagination continue donc d’incliner vers ce qui est lié à l’agréable, quand bien même il en serait ici dépourvu] (2).
Supposons à présent un homme que cette illusion n’atteint pas et qui n’attend ni louange ni récompense : il trouvera détestable de travailler à sa propre perte sans aucun profit et jugera assurément insensé celui qui agit ainsi ; qui admettra qu’un tel homme préfère la destruction à la vie ?! (3)
Ils disent : telle est la réponse à propos de celui qui se voit confronté à un besoin qu’il peut satisfaire aussi bien par la vérité que par le mensonge, les deux lui paraissant égaux, et qui choisit néanmoins la vérité.
Quant à nous, nous disons : poser l’hypothèse que vérité et mensonge se valent quant à l’objectif recherché, en faisant abstraction de toute considération d’autrui, est une impossibilité ; car vérité et mensonge s’opposent, et il est impossible que deux contraires soient égaux sous tous rapports. C’est donc en raison même de cette hypothèse impossible que l’intellect écarte l’idée de préférer le mensonge et tout autant l’idée de ne pas préférer la vérité.
Ils rétorquent : du fait que l’on juge improbable de ne pas préférer la vérité dans une hypothèse impossible, il ne s’ensuit pas qu’on doive le juger improbable dans la réalité ; cela ne vaudrait que si l’hypothèse qui l’implique se réalisait effectivement, ce qui est exclu.