et ce qui s’accompagne du déplaisant devient déplaisant. Ainsi, lorsqu’un homme a passé des instants auprès de l’être qu’il aime passionnément dans un certain endroit, il ressentira, chaque fois qu’il y reviendra, une différence intime entre ce lieu et tout autre (1).
Un poète a dit (2) :
« Je passe devant ces demeures, les demeures de Laylâ ;
J’embrasse ce mur-ci et puis cet autre mur.
Ce n’est point l’amour des demeures qui a enflammé mon cœur,
Mais l’amour de celle qui habite ces demeures. »
Ibn al-Rûmî (3), expliquant la cause de l’attachement aux patries, a chanté :
« Ce qui rend les patries chères aux hommes,
Ce sont les buts que la jeunesse y réalisa.
Quand ils se souviennent de leur pays, ces souvenirs
Rappellent les promesses nouées là-bas, et ils en sont saisis de nostalgie. »
Ils dirent : les témoignages en ce sens abondent, et tout cela procède du jugement de l’imagination (4).
Ils ajoutèrent : Quant au fait de supporter le tranchant de l’épée en refusant de prononcer la parole de mécréance tout en restant intérieurement serein, tous les gens doués de raison ne le jugeraient pas louable sans l’injonction de la Loi ; certains y verraient même une faute. Ne le trouvent beau que celui qui espère la récompense promise à la patience, ou celui qui attend la louange pour sa bravoure et sa fermeté dans la religion. Combien de héros se sont jetés dans le danger, ont fondu sur des troupes (5) dont ils savaient ne pouvoir venir à bout, et ont méprisé les souffrances qui les attendaient, portés par l’espoir – fût-ce après leur mort – d’obtenir l’éloge et la gloire.