Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Cela relève de leurs arguments ; [et nous leur répondrons en montrant qu’]aucune norme (1) ne peut être tirée de ces deux exemples. Nous disons donc :

Quant au secours porté par le roi, tenu pour louable même à l’égard de celui qui n’a pas reçu l’appel et rejette les prescriptions, sa raison d’être est l’éloignement du tort qui atteint l’homme par la compassion née de la communauté d’espèce (2) ; il s’agit d’une disposition innée dont on ne peut se défaire.

En effet, l’être humain se figure lui-même dans pareille détresse ; il imagine qu’un autre, capable de le sauver, s’abstient d’intervenir et il juge alors cette abstention blâmable, car elle contredit son désir. Puis il reporte ce blâme, éprouvé par l’homme aux portes de la mort, sur sa propre personne et repousse ainsi la laideur qu’il a conçue.

Si l’on suppose le cas d’une bête ou d’un individu dépourvu de toute sensibilité, le scénario devient difficile à concevoir ; et, même en l’admettant, subsiste un autre moteur : la recherche de l’éloge pour le bienfait accompli.

Si l’on pose encore qu’il agisse de sorte que nul ne sache qu’il est le sauveteur, il demeure dans l’attente que la chose finisse par être sue ; cette attente devient alors le mobile de son acte.

Et si l’on imagine enfin une situation où il est absolument impossible que cela se sache, il persiste tout de même une inclination, une préférence, comparable à l’aversion instinctive qu’éprouve la personne saine pour la corde (3). Ayant vu maintes fois cette scène – le sauvetage – accompagnée d’éloges, il en vient à penser que l’éloge s’y attache en toute circonstance ; de même, ayant constaté que le tort accompagne l’image de la corde et que sa nature fuit le tort, il se détourne de tout ce qui y est joint. Ainsi, ce qui est associé à l’agréable devient agréable,

(1) Les manuscrits de base portent «fa yuthbit». La leçon adoptée provient du manuscrit (T), de même que les mots placés entre crochets. (2) Les manuscrits (Q) et (T) affichent «al-hayya» (la vipère), lecture omise dans le manuscrit (D). La leçon retenue suit l’ouvrage al-Mustasfa et le passage correspondant qui paraîtra p. 1041. (3) Autrement dit, il s’agit d’al-habl al-muraqqash (la corde bigarrée) ; le terme al-salim désigne, par antiphrase, la personne mordue par le serpent.
فهذا مِنْ حُجَجهم، [ونحن نجيبُ عن ذلك، فنبيِّن أنه لا] يثبتُ (١) حكمٌ على هذين المثالين، فنقول: أمَّا قضيةُ إنقاذ الملك وحُسْنِه حتى في حقِّ من لم تبلُغه الدَّعوة وأنكر الشَّرائع، فسببه دفعُ الأذى الذي يلحقُ الإنسانَ مِنْ رقَّة الجِنْسيَّة (٢)، وهو طبعٌ يستحيلُ الانفكاكُ عنه. وذلك لأنَّ الإنسانَ يقدِّر نفسَه في تلك البَلِيَّة، ويقدِّر غيرَه معرضًا عن الإنقاذ، فيستقبحُه منه لمخالفة غرضه، فيعودُ ويقدِّر ذلك الاستقباحَ من المُشْرِف على الهلاك في حقِّ نفسه، فيَدْفَعُ عن نفسه ذلك القُبحَ المتوهَّم. فإن فُرِض في بهيمةٍ أو شخصٍ لا رِقَّة فيه، فهو بعيدٌ تصوُّره. ولو تُصُوِّرَ فيبقى أمرٌ آخرُ وهو طلبُ الثَّناء على إحسانه. فإن فُرِض بحيث لا يُعْلَمُ أنه المنقِذ، فيتوقَّعُ أن يُعْلَم؛ فيكونُ ذلك التَّوقُّع باعثًا. فإن فُرِض في موضعٍ يستحيلُ أنْ يُعْلَم، فيبقى مَيلٌ وترجيحٌ يضاهي نُفْرةَ طبع السَّليم عن الحَبْل (٣)، وذلك أنه رأى هذه الصُّورة مقرونةً بالثَّناء، فيظُنُّ أنَّ الثَّناء مقرونٌ بها بكلِّ حال، كما أنه لما رأى الأذى مقرونًا بصورة الحَبْل، وطبعُه يَنفِرُ عن الأذى، فيَنفِرُ عن المقرون به؛ فالمقرونُ باللذيذ لذيذ،
(١) في الأصول: «فيثبت». والمثبت من (ط)، وما بين المعكوفين منها. (٢) (ق، ت): «الحية». وأهملت في (د). والمثبت من «المستصفى» وما سيأتي (ص: ١٠٤١). (٣) أي: الحبل المرقَّش. والسليم هو الملدوغ.

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