Premier exemple : un grand souverain qui règne sur plusieurs contrées aperçoit un faible au bord de la mort ; aussitôt il penche à le secourir et juge ce geste louable, alors même qu’il ne croit pas aux fondements de la religion, n’en attendant ni récompense ni rétribution (1) — a fortiori lorsque le misérable ne le connaît pas et ne l’a jamais vu, parce qu’il serait, par exemple, aveugle et sourd, incapable d’entendre la moindre voix —, et quand bien même ce secours ne servirait aucun de ses intérêts, pouvant même lui coûter peine et effort.
De même, les gens sensés estiment belle la patience sous le tranchant de l’épée quand on est contraint à proférer une parole de mécréance, à divulguer un secret ou à trahir un engagement, bien que cela aille à l’encontre de l’intérêt de la personne ainsi contrainte (2).
En somme, l’appréciation de la noblesse des mœurs et de la largesse dans les bienfaits n’est niée que par qui s’y obstine (3).
Deuxième exemple : lorsqu’une personne raisonne et qu’un besoin se présente, qu’elle peut satisfaire aussi bien par la vérité que par le mensonge, les deux moyens assurant exactement le même résultat, elle privilégie la vérité, la choisit et y incline naturellement, uniquement parce qu’elle est belle en soi. Si le mensonge ne possédait pas, à ses yeux, une caractéristique qui impose de s’en garder, la vérité ne l’emporterait pas (4).
Ils ajoutent : cette hypothèse est claire tant pour celui qui rejette les prescriptions religieuses que pour celui à qui l’appel n’est pas parvenu, afin qu’on ne nous oblige pas (5) à dire que la préférence relève d’un commandement légal (6).