une jolie femme appelée « Juive » (1) ; car il a trouvé ce nom associé à la laideur et s’est donc imaginé que la laideur devait, elle aussi, accompagner le nom.
C’est pourquoi, lorsqu’on soumet à un simple profane une question rationnelle limpide, il l’admet volontiers ; mais qu’on ajoute : « Ceci est la doctrine d’al-Ashʿarî, des Muʿtazilites, des Ẓâhirites (2) ou d’un autre », il s’en détourne aussitôt, pour peu qu’il ait mauvaise opinion de l’auteur auquel tu l’attribues. Et ce n’est pas là le propre du profane ; c’est le travers de la plupart de ceux qui se croient (3) gens de raison et de savoir, à l’exception des savants fermement établis, à qui Dieu a montré la vérité comme vérité et a donné la force de la suivre.
Chez la majorité des hommes, les facultés de l’âme (4) se plient à des illusions mensongères, tout en sachant qu’elles le sont ; la plupart de leurs audaces comme de leurs reculs proviennent de ces illusions. L’illusion exerce en effet une grande emprise sur l’âme : ainsi la nature humaine répugne à passer la nuit dans une maison où gît un mort, tout en étant certaine qu’il ne bougera pas ; mais à chaque instant elle s’imagine ses mouvements et ses paroles (5).
On dit donc : si tu prêtes attention à ces ressorts, tu comprendras le secret des propositions que l’intellect trouve belles, et la raison de cette approbation, ainsi que le secret de celles qu’il juge laides, et la raison de cette réprobation.
Donnerons à ce sujet deux exemples, que les partisans de l’affirmation (6) invoquent contre nous :