il découvrirait alors en lui une aversion instinctive à son égard, fruit d’une longue accoutumance à le réprouver ; car, depuis l’enfance, on lui a inculqué, à titre de discipline (1) et de guidance morale, que le mensonge est blâmable et qu’il ne convient à personne d’y recourir. On s’est bien gardé de lui signaler qu’il peut, dans certains cas, être louable, de peur que sa répulsion pour le mensonge ne s’établisse pas solidement et qu’il ne s’y abandonne, alors même qu’il reste répréhensible dans la plupart des situations. Or ce que l’on entend dans la prime jeunesse s’imprime dans l’âme comme une gravure dans la pierre ; la conviction s’y fixe et il l’admet sans réserve (2). Cette affirmation est certes véridique, mais non d’une vérité absolue : elle ne vaut que dans la majorité des cas, tandis que lui l’a crue valable sans exception (3).
Troisième erreur : elle vient de ce que l’imagination, par un mouvement spontané, inverse les données. Quiconque (4) a vu un objet lié à un autre pense inévitablement que cet objet lui est toujours et partout associé ; il ignore pourtant que le particulier est nécessairement contenu dans le général, tandis que le général n’est nullement tenu d’être lié au particulier.
Ainsi l’homme que le serpent a mordu se détourne d’une corde tachetée : il a vu la souffrance s’accompagner d’une telle image et s’est persuadé que cette image est invariablement liée à la douleur.
De même, celui qui compare le miel à une souillure fécale finit par le trouver répugnant ; il a constaté que la nausée allait de pair avec une matière jaune et molle et s’imagine dès lors que toute pulpe jaune s’accompagne d’impureté. L’illusion peut l’emporter à tel point qu’il devient incapable de manger, quand bien même la raison démentirait ce fantasme ; mais les facultés de l’âme ont été créées dociles aux illusions, fût-elles mensongères, au point que le tempérament recule devant