Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Premier point d’erreur : l’homme applique spontanément le terme de « laideur » à tout ce qui contredit son propre intérêt, quand bien même cela servirait l’intérêt d’autrui. Il ne prête, en effet, aucune attention à l’autre, car tout tempérament est tout entier tourné vers lui-même et dédaigne ce qui n’est pas lui. Il statue donc sur la laideur de façon absolue et va parfois jusqu’à l’attribuer à l’essence même de la chose, déclarant : « Elle est en soi répugnante. »

Ainsi prononce-t-il trois jugements ; il n’est dans le vrai que pour l’un d’entre eux – le fondement même de la réprobation – et se trompe sur les deux autres.
Le premier égarement consiste à rapporter la laideur à l’essence de la chose, oubliant qu’elle ne lui paraît déplaisante que parce qu’elle contredit son intérêt.
Le second réside dans le fait de juger la laideur sans réserve ; son origine est l’inattention portée à autrui, voire le défaut d’attention (1) à certains de ses propres états, puisqu’il peut trouver agréable, dans certaines circonstances, la même chose qu’il réprouvait lorsque son intérêt était différent.

Deuxième erreur : il arrive qu’une chose s’oppose à l’intérêt (2) dans toutes les situations sauf un cas rarissime. L’imagination peut alors ne pas remarquer ce cas d’exception – il peut même (3) ne pas lui venir à l’esprit – de sorte qu’elle le considère contraire en toute circonstance et conclut à la laideur absolue. Les cas où cette chose est réellement blâmable envahissent son cœur, tandis que l’épisode rare s’efface de sa mémoire. Tel est, par exemple, le jugement qui veut que le mensonge soit absolument répréhensible, alors qu’on oublie le mensonge grâce auquel on sauvegarde l’infaillibilité d’un Prophète ou la protection d’un saint.

Lorsque cet arrêt de laideur absolue est proféré, entretenu pendant un certain temps et répété par l’ouïe comme par la langue, il s’enracine dans le cœur une aversion répulsive (4) ; si ce cas d’exception venait un jour à se présenter

(1) Les manuscrits désignés sous le titre «al-Usul» portent «ʿan al-iltifat» ; la leçon retenue provient d’«al-Mustasfa». (2) Les mêmes manuscrits lisent «ghalib li-l-gharad» ; nous suivons ici la lecture d’«al-Mustasfa», confirmée plus loin (p. 1032). (3) Passage rétabli d’après «al-Mustasfa» et le parallèle (p. 1033) ; il manquait ici par saut du regard du copiste. (4) L’édition notée (ṭ) donne «istiqbahihi wa-l-nufur minhu» («le juger répugnant et s’en détourner»).
الأولى: أنَّ الإنسان يُطْلِقُ اسمَ القُبح على ما يخالفُ غرضَه، وإن كان يوافقُ غرضَ غيره، من حيث إنه لا يلتفتُ إلى الغير، فإنَّ كلَّ طبعٍ مشغوفٌ بنفسه ومستحقِرٌ لغيره، فيقضي بالقُبح مطلقًا، وربَّما يضيفُ القُبحَ إلى ذات الشيء ويقول: هو في نفسه قبيح. فقد قضى بثلاثة أمورٍ هو مصيبٌ في واحدٍ منها وهو أصلُ الاستقباح، ومخطاءٌ في أمرين: أحدهما: إضافةُ القُبح إلى ذاته، وغَفَل عن كونه قبيحًا لمخالفة غرضه. والثَّاني: حكمُه بالقُبح مطلقًا، ومنشؤه عدمُ الالتفات إلى غيره، بل عدمُ الالتفات (١) إلى بعض أحوال نفسه، فإنه قد يستحسِنُ في بعض الأحوال عينَ ما يستقبحُه إذا اختلف الغرض. الغلطة الثَّانية: سببُها أنَّ ما هو مخالفٌ للغَرض (٢) في جميع الأحوال إلا في حالةٍ نادرةٍ قد لا يلتفتُ الوهمُ إلى تلك الحالة النَّادرة، [بل لا يخطُر بالبال، فيراه مخالفًا في كل الأحوال، فيقضي بالقبح مطلقًا؛ لاستيلاء أحوال قُبحه على قلبه، وذهاب الحالة النادرة] (٣) عن ذِكْره، كحُكمِه على الكذب بأنه قبيحٌ مطلقًا، وغفلته عن الكذب الذي يستفادُ منه عصمةُ نبيٍّ أو وليٍّ. وإذا قضى بالقُبح مطلقًا، واستمرَّ عليه مدَّةً، وتكرَّر ذلك على سمعه ولسانه، انغَرس في قلبه استقباحٌ منفِّر (٤)، فلو وقعت تلك الحالةُ النَّادرةُ
(١) في الأصول: «عن الالتفات». والمثبت من «المستصفى». (٢) في الأصول: «غالب للغرض». والمثبت من «المستصفى» وما سيأتي (ص: ١٠٣٢). (٣) مستدرك من «المستصفى» وما سيأتي (ص: ١٠٣٣). وسقط هنا لانتقال النظر. (٤) (ط): «استقباحه والنفرة منه».

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