voit-il, dès lors, dans la véracité ou le mensonge, quelque qualité de beauté ou de laideur intrinsèque. La beauté (ḥusn) et la laideur (qubḥ) n’entrent donc pas dans leurs attributs essentiels qui constituent leur réalité ; l’esprit ne les leur assigne pas (1) d’emblée par intuition, comme nous l’avons montré, pas plus que l’ordre de l’existence ne les leur impose nécessairement (2). En effet, parmi les informations véridiques il en est que l’on réprouve, tel le fait d’indiquer à un tyran l’endroit où s’est réfugié celui qui le fuyait (3) ; et parmi les informations mensongères il en est pour lesquelles on est récompensé, comme nier que l’on connaisse cette cachette.
Dès lors, que le mensonge soit blâmable n’entre ni dans la définition même du mensonge, ni dans les représentations de l’esprit, ni dans l’ordre de l’existence. On ne saurait donc le compter parmi les attributs essentiels qui, selon eux, s’attachent à l’âme qu’elle existe ou non ; pas davantage ne peut-il relever des attributs adventices, de sorte qu’il ne saurait être saisi ni par l’évidence immédiate ni par le raisonnement, puisque tout raisonnement spéculatif (4) doit en fin de compte se ramener à une évidence nécessaire ; or, en l’absence d’une telle évidence, il n’est plus possible de s’y ramener du tout.
Il ne leur reste alors qu’à recourir aux habitudes des hommes, lesquels qualifient de blâmable ce qui leur nuit et de louable ce qui leur profite. Nous ne contestons pas l’usage de semblables appellations, tout en sachant qu’elles varient selon la coutume de tel peuple plutôt qu’un autre, selon telle époque plutôt qu’une autre, tel lieu plutôt qu’un autre, ou telle relation plutôt qu’une autre. Or ce qui change selon ces circonstances et ces rapports ne possède aucune réalité en soi : ainsi, certains apprécient l’égorgement de l’animal, tandis que d’autres le trouvent blâmable ; il se peut que