Les négateurs (1) déclarent : « Supposons qu’un homme se représente lui-même tout juste créé, d’un seul coup, avec une complexion parfaite (2) et une raison achevée, sans avoir adopté les mœurs d’aucun peuple, sans avoir été éduqué par ses parents, sans avoir grandi dans la Loi (3), ni reçu l’enseignement d’un maître. On lui soumet alors deux énoncés : le premier affirme que deux est plus que un, le second que le mensonge est blâmable, c’est-à-dire qu’il mérite, de la part d’Allah – Très-haut –, un reproche. Nous ne doutons pas qu’il adhérera sans hésitation au premier, tandis qu’il restera indécis devant le second.
Quiconque jugerait ces deux propositions absolument équivalentes pour son entendement sortirait du domaine des évidences rationnelles et manifesterait une obstination comparable à celle d’un curieux importun (4).
A plus forte raison, si l’on pose qu’Allah – exalté soit-Il – ne subit aucun tort d’un mensonge ni ne tire aucun profit d’une parole véridique, les deux assertions, envisagées du point de vue du taklîf (5) – la responsabilité religieuse –, se trouvent sur un même plan : par sa seule raison, il lui serait impossible de préférer l’une (6) à l’autre.
Ce qui éclaire la question, c’est que véracité et mensonge possèdent une réalité intrinsèque dont l’essence ne se concrétise qu’au moyen des éléments constitutifs de cette réalité (7). Ainsi dit-on : la véracité consiste à rapporter une chose telle qu’elle est, tandis que le mensonge consiste à rapporter une chose autrement qu’elle n’est. Or nous savons que celui qui saisit cette définition reconnaît simplement le fait, sans qu’il lui vienne d’emblée à l’esprit de déterminer si l’acte est bon ou blâmable ; aussi ne