L’exposé de cette argumentation est le suivant : la beauté ou la laideur de l’acte ne saurait avoir d’autre fondement que la demande elle-même. En vérité, l’on n’entend par beauté que le fait que le Législateur en requiert l’accomplissement, et par laideur que le Législateur en requiert l’abstention. Car si l’acte était tenu pour beau ou laid en raison d’un motif étranger à la demande légale, la demande ne porterait plus sur l’acte pour lui-même ; elle dépendrait alors de ce motif, si bien que la demande resterait suspendue à cette considération additionnelle.
Or cela est faux ; car le rattachement n’est qu’un rapport entre la demande et l’acte, et un rapport n’exige que l’existence des deux termes. Dès que l’acte existe, la demande s’y attache, qu’il y ait ou non une considération surajoutée à son essence.
Vous pourriez objecter : certes, la demande ne requiert que l’acte visé et l’agent auquel elle s’adresse (1), mais son rattachement à l’acte dépend tout de même de la considération de beauté ou de laideur qui fonde cette demande.
Nous répondons : la demande est éternelle, tandis que la considération qui fonde beauté ou laideur est contingente ; or, l’éternel ne saurait dépendre du contingent.
La clef de la preuve est que le lien entre la demande et l’acte est essentiel ; il ne peut donc être motivé par un élément extérieur à l’acte, car, s’il en dépendait, il ne serait plus essentiel.
Telle est la formulation de cette objection, bien que nombre de commentateurs du « al-Mukhtaṣar » (2) ne l’aient pas