Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Telle est donc l’exposé de l’argument, présenté à la fois comme preuve et comme engagement (1).

Il ne fait aucun doute que ce verset établit la contradiction des partisans qui admettent un châtiment avant l’envoi des messagers ; leur position se trouve ainsi réfutée, car ils veulent concilier deux jugements inconciliables : d’une part, la reconnaissance rationnelle de la beauté et de la laideur des actes ; d’autre part, l’affirmation d’un châtiment pour ces actes en l’absence de toute mission prophétique.

Le fait de rejeter la combinaison de ces deux énoncés n’impose toutefois pas de récuser chacun d’eux pris isolément ; il se peut fort bien que l’erreur réside uniquement dans leur autorisation du châtiment avant la mission. C’est là, en vérité, la solution qui s’impose, car elle contredit le texte explicite du Coran aussi bien que la raison évidente. En effet, Allah – exalté soit-Il – n’a établi la preuve contre Ses serviteurs qu’au moyen de Ses messagers. Il dit : « Des messagers annonciateurs et avertisseurs, afin que les gens n’aient plus d’argument contre Allah après la venue des messagers » [An-Nisâ’, 165]. Ce verset énonce clairement que la preuve ne se dresse que par l’intermédiaire des messagers et qu’après leur venue les hommes ne disposent plus d’aucun argument contre Allah ; il s’ensuit qu’Il ne les châtie pas avant que les messagers ne leur soient parvenus, puisque la preuve ne s’est alors pas encore levée contre eux.

La position correcte, dans cette question, consiste donc à affirmer la beauté et la laideur rationnelles tout en niant tout châtiment pour cela avant l’envoi des messagers ; la beauté et la laideur reconnues par la raison n’entraînent pas, à elles seules, le châtiment ; celui-ci ne devient mérité qu’en cas de désobéissance aux envoyés.

Les muʿtazilites répondent, quant à eux, que la beauté et la laideur rationnelles impliquent la mérite du châtiment pour qui commet l’acte blâmable ou délaisse l’acte louable, sans que ce mérite rende nécessaire la survenue effective du châtiment, puisque le pardon reste possible.

(1) Voir Bayân al-Mukhtasar, vol. 1, p. 304, et Rafʿ al-Hâjib, vol. 1, p. 465.
فهذا تقريرُ الاستدلال احتجاجًا والتزامًا (١). ولا ريب أنَّ الآية حجَّةٌ على تناقض المثبتين إذا أثبتوا التَّعذيبَ قبل البعثة، فيلزم تناقضهم وإبطالُ جَمْعِهم بين هذين الحكمين: إثبات الحُسْن والقُبْح عقلًا، وإثبات التَّعذيب على ذلك بدون البعثة. وليس إبطالُ القول بمجموع الأمرين موجبًا لإبطال كلِّ واحدٍ منهما، فلعلَّ الباطل هو قولهم بجواز التَّعذيب قبل البعثة. وهذا هو المتعيِّن؛ لأنه خلافُ نصِّ القرآن، وخلافُ صريح العقل أيضًا، فإنَّ الله سبحانه إنما أقام الحجَّة على العباد برسله؛ قال تعالى: ﴿رُسُلًا مُبَشِّرِينَ وَمُنْذِرِينَ لِئَلَّا يَكُونَ لِلنَّاسِ عَلَى اللَّهِ حُجَّةٌ بَعْدَ الرُّسُلِ﴾ [النساء: ١٦٥]، فهذا صريحٌ بأنَّ الحجَّة إنما قامت بالرُّسل، وأنه بعد مجيئهم لا يكونُ للنَّاس على الله حجَّة، وهذا يدلُّ على أنه لا يعذِّبهم قبل مجيء الرُّسل إليهم؛ لأنَّ الحجَّة حينئذٍ لم تقُم عليهم. فالصَّوابُ في هذه المسألة إثباتُ الحُسْن والقُبح عقلًا، ونفيُ التَّعذيب على ذلك إلا بعد بعثة الرُّسل، فالحُسْن والقُبح العقليُّ لا يستلزمُ التَّعذيب، وإنما يستلزمه مخالفةُ المرسَلين. وأمَّا المعتزلةُ فقد أجابوا عن ذلك بأن قالوا: الحُسْن والقُبح العقليُّ يقتضي استحقاقَ العقاب على فعل القبيح وتركِ الحسن، ولا يلزم من استحقاق العقاب وقوعُه؛ لجواز العفو عنه.
(١) انظر: «بيان المختصر» (١/ ٣٠٤)، و «رفع الحاجب» (١/ ٤٦٥).

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