au regard de la compréhension qu’elle suscite et non de sa finalité (1).
Deuxième voie. – Le fait que le caractère blâmable se détache parfois du mensonge parce qu’une condition fait défaut ou qu’un empêchement, porteur d’un intérêt prépondérant sur la véracité, survient, ne l’empêche nullement d’être laid en lui-même ; la démonstration (2) en a déjà été exposée.
Nous avons montré que Dieu, exalté soit-Il, a interdit la bête morte, le sang et la chair du porc en raison du préjudice qu’entraîne leur ingestion ; ce préjudice provient de l’essence même de ces interdits. Que l’interdiction soit suspendue en cas de nécessité n’implique nullement que leur nature [ne soit pas] (3) toujours génératrice du mal pour lequel ils furent prohibés ; il en va de même du mensonge qui assure le salut d’un Prophète ou d’un musulman.
Quatrième point. – Ils objectent : « Si le blâmable était intrinsèque, les deux contraires se réuniraient dans la véracité de celui qui dit : “Je mentirai demain”, et dans son mensonge… », et ainsi de suite.
Réponse : à quel moment les deux contraires peuvent-ils se rencontrer ? Lorsque le beau et le laid sont envisagés sous un même aspect, lorsqu’ils le sont sous deux aspects différents, ou d’une manière plus générale ?
Si vous entendez le premier cas, nous l’admettons, mais nous ne concédons pas la conséquence que vous en tirez : de la réunion du beau et du laid dans l’exemple cité, il ne s’ensuit pas qu’ils procèdent d’un seul et même point de vue. Leur coexistence se comprend par deux considérations distinctes, parfaitement séparées, ce qui n’a rien d’impossible. Car, en tant que mensonge, l’énoncé est blâmable par essence, tandis qu’il est louable en tant qu’il renferme la véracité du propos initial. On peut le comparer à quelqu’un qui jure : « Par Allah, je boirai assurément… »