Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Par la grâce d’Allah, le Très-Généreux, (1) une réponse s’est désormais offerte à nous. Disons donc : la parole possède deux rapports ; l’un renvoie au locuteur, à son intention et à sa volonté, l’autre à l’auditeur et au fait que le locuteur lui fasse saisir (2) la teneur de ses propos.

  1. Si le locuteur énonce une information conforme à la réalité et qu’il entend faire comprendre cette réalité à son interlocuteur, la parole est véridique sous les deux rapports : vouloir la réalité et vouloir la faire saisir est vérité de part et d’autre.

  2. S’il vise quelque chose qui contredit la réalité et, dans le même temps, veut que l’interlocuteur saisisse un sens différent (3) — un troisième sens qui n’est ni la réalité ni ce qu’il vise lui-même — sa parole est mensonge sous les deux rapports.

  3. Enfin, s’il vise un sens exact, conforme aux faits, mais cherche néanmoins à brouiller son interlocuteur et à lui faire comprendre autre chose que ce qu’il vise, la parole est véridique du point de vue de son intention et mensongère du point de vue de la compréhension induite. C’est dans cette catégorie que s’inscrivent la tawriya et les maʿârîḍ ; (4) c’est pour cette raison qu’Abraham, l’Ami intime, sur lui la paix, les qualifia de « mensonges », alors même qu’il ne prononça rien d’autre que la vérité. (5)

Réfléchis donc à ce point qui a dérouté bien des gens.

Il apparaît ainsi que le mensonge n’est jamais, en soi, qu’un acte blâmable, tandis que ce qui est louable — voire requis —, c’est la tawriya, laquelle demeure une parole véridique, même si l’on peut, sous un certain rapport, la qualifier de mensonge

(1) Les manuscrits T et Q lisent « khalfa Allah » ; la présente édition retient la leçon du manuscrit Ṭ. (2) Le manuscrit T porte « wa-iyhama al-mutakallim ». (3) Le manuscrit T porte « ma waqaʿ ». (4) Le manuscrit T porte « wali-hadha ». (5) Voir l’analyse d’al-Muʿallimī dans al-Tankīl, vol. 2, p. 248-253, ainsi que son opuscule Aḥkām al-Kadhib.
وقد فتحَ الله (١) الكريمُ بالجواب عنه، فنقول: [الكلام] له نسبتان؛ نسبةٌ إلى المتكلِّم وقصدِه وإرادته، ونسبةٌ إلى السَّامع وإفهام المتكلِّم (٢) إياه مضمونه. فإذا أخبَر المتكلِّمُ بخبرٍ مطابقٍ للواقع، وقَصَد إفهامَ المخاطَب إياه= صَدَق بالنِّسبتين؛ فإنَّ المتكلِّم إن قَصَد الواقع وقَصَد إفهامَ المخاطَب فهو صدقٌ من الجهتين. وإن قَصَد خلافَ الواقع، وقَصَد مع ذلك إفهامَ المخاطَب خلافَ ما قَصَد (٣)، بل معنًى ثالثًا لا هو الواقعُ ولا هو المراد= فهو كذبٌ من الجهتين بالنِّسبتين معًا. وإن قَصَد معنًى مطابِقًا صحيحًا، وقَصَد مع ذلك التَّعمية على المخاطَب وإفهامَه خلافَ ما قَصَده= فهو صدقٌ بالنِّسبة إلى قصدِه، كذبٌ بالنِّسبة إلى إفهامه. ومن هذا الباب التَّوريةُ والمعاريض، وبهذا (٤) أطلق عليها إبراهيمُ الخليل ﷺ اسمَ الكذب، مع أنه الصَّادقُ في خبره، ولم يخبِر إلا صدقًا (٥). فتأمَّل هذا الموضعَ الذي أشكل على النَّاس. وقد ظهر بهذا أنَّ الكذبَ لا يكونُ قطُّ إلا قبيحًا، وأنَّ الذي يحسُن ويجبُ إنما هو التَّورية، وهي صدق، وقد يطلَق عليها الكذبُ بالنِّسبة إلى
(١) (ت، ق): «خلف الله». والمثبت من (ط). (٢) (ت): «وإيهام المتكلم». (٣) (ت): «ما وقع». (٤) (ت): «ولهذا». (٥) انظر بحث المعلمي في «التنكيل» (٢/ ٢٤٨ - ٢٥٣)، و «أحكام الكذب».

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