Troisièmement (1). – Vous affirmez : « Le mensonge devient louable lorsqu’il permet de préserver l’infaillibilité d’un Prophète ou d’un musulman » (2). Cette prétention appelle deux réponses.
Premièrement, nous ne concédons nullement que le mensonge puisse être louable, a fortiori obligatoire ; il n’est jamais qu’un acte blâmable. Ce qui est louable, c’est l’allusion indirecte (taʿrīḍ) et l’équivoque licite (tawriya), conformément à la sunna. Ainsi, Abraham fit allusion auprès du roi tyran en présentant son épouse : « Elle est ma sœur » ; il déclara encore : « Je suis malade », insinuant que son cœur était malade du polythéisme de son peuple ou qu’il tomberait malade un jour ; il dit enfin : « C’est plutôt le plus grand d’entre eux qui a fait cela ; interrogez-les donc, s’ils peuvent parler » (Al-Anbiyāʾ 63). Dans cette dernière parole, l’information comme la demande sont toutes deux subordonnées à une condition qui leur est intrinsèquement liée. Malgré cela, le Prophète ﷺ les qualifia de « trois mensonges » (3) et s’abstint, pour cette raison, de la station d’intercession. Comment donc votre thèse, selon laquelle le mensonge deviendrait obligatoire dès lors qu’il sauvegarde un musulman (4), pourrait-elle rester valide ?
Objection : Comment Abraham a-t-il pu qualifier ces propos de mensonges alors qu’il ne s’agissait que d’équivoques et d’allusions légitimes ?
Réponse : Nous ne sommes nullement tenus de résoudre cette difficulté ; notre seul but était d’invalider votre raisonnement, et cet objectif est atteint. Traiter cette question ne serait qu’un supplément que nous offririons pour parfaire l’exposé. Jusqu’ici, je n’ai trouvé, sur ce point précis, aucune réponse pleinement satisfaisante qui apaise le cœur. D’ailleurs, cette difficulté n’est pas propre à une école particulière : elle se pose à vous dans les mêmes termes.