– Autre exemple : l’abrogation de l’obligation faite à un seul musulman de tenir tête à dix ennemis, remplacée par l’obligation de tenir tête à deux. La première sagesse n’a pas été totalement supprimée : cette attitude demeure recommandée, bien que son caractère obligatoire ait disparu. Mieux encore, si les musulmans sont presque certains de vaincre leur adversaire alors même que celui-ci les dépasse de dix fois en nombre, il leur est obligatoire de rester fermes et il leur est interdit de fuir (1). Ainsi, la première sagesse n’a jamais été abrogée de façon absolue.
– Autre exemple : l’abrogation de l’obligation de verser une aumône avant toute entrevue privée avec le Messager ﷺ. La prescription n’a pas disparu totalement : seule l’obligation a été levée, tandis que la recommandation demeure. On y décèle en outre une indication subtile : si l’aumône est recommandée avant de s’adresser à une créature, elle l’est a fortiori avant de s’adresser à Dieu lors de la prière et de l’invocation. C’est pourquoi certains pieux prédécesseurs donnaient l’aumône avant la prière ou la supplication quand ils le pouvaient, se fondant sur cette priorité (2). J’ai personnellement vu Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya agir ainsi chaque fois que cela lui était possible (3). Je l’ai interrogé à ce sujet ; il m’a rappelé cette indication et cette allusion.
– Autre exemple : l’abrogation des cinquante prières qu’Allah prescrivit à Son Prophète, la nuit de l’Isrâʾ, pour les ramener à cinq. Là encore, la prescription n’a pas été anéantie. Elles demeurent cinquante quant à la récompense, mais ne sont plus que cinq quant à la pratique et à l’obligation. Le Très-Haut y a Lui-même fait allusion en rapportant la parole de Son Prophète : « Mon arrêt ne change pas auprès de Moi ; elles sont cinq, mais elles valent cinquante en récompense. » (4)