– Ainsi, l’abrogation de l’orientation rituelle (qibla) tout en maintenant la dignité et l’inviolabilité de Bayt al-Maqdis : on se met en route pour s’y rendre, on fait le voyage afin d’y déposer ses fardeaux, et, en voyage, on peut encore s’y tourner parmi d’autres directions. Son prestige et son caractère sacré n’ont donc pas disparu entièrement, même si la prescription exclusive de s’y orienter dans la prière a été levée. Se diriger vers lui pour y accomplir la prière demeure en vigueur : c’est une forme de sa magnification et de sa vénération ; le fait d’y aller mû par la recherche de son mérite et de son honneur (1) possède une part de la valeur que représentait le fait de s’y orienter dans la prière.
La Maison sacrée (la Kaʿba) lui a été préférée pour l’orientation cultuelle, car l’intérêt qui s’y rattache est plus grand et plus complet ; toutefois, le fait de se rendre à Jérusalem, d’y voyager et d’y prier demeure source d’utilité. Ainsi, la communauté muhammadienne réunit les deux avantages liés à ces deux sanctuaires (2). Voilà le comble de la sollicitude divine et de la réalisation parfaite des intérêts en leur faveur ; médite bien ce point.
– Autre exemple : l’abrogation du choix laissé entre jeûner ou verser une compensation, au profit de l’obligation exclusive de jeûner, conserve, elle aussi, une portée manifeste. Auparavant, si quelqu’un le désirait, il rompait le jeûne et faisait l’aumône compensatoire : il recueillait alors le bienfait de la charité sans celui du jeûne. S’il préférait jeûner sans verser de compensation, il bénéficiait du jeûne sans celui de l’aumône. Puis le jeûne fut rendu obligatoire pour le sujet responsable, car son utilité est plus parfaite et plus complète que celle de la compensation ; et l’on recommanda en même temps la charité durant le mois de Ramadan. Dès lors, en jeûnant et en faisant l’aumône, il obtient les deux bienfaits à la fois : c’est là la forme la plus achevée du jeûne, et c’est précisément ce que faisait le Prophète ﷺ, qui se montrait, durant Ramadan, plus généreux que jamais (3). Ainsi, le premier intérêt n’a pas été totalement supprimé ; on lui a simplement préféré, comme obligation, ce qui est plus parfait, tout en légiférant la possibilité de les conjuguer à titre de recommandation et d’excellence.