Tel est donc le sens de l’affirmation selon laquelle le caractère bon ou mauvais d’un acte est inhérent à sa propre nature ; or les gens doués de raison ne doutent pas que cet aspect varie selon les époques, les lieux, les circonstances et les personnes.
Considère ensuite la sagesse du Seigneur, exalté soit-Il, lorsqu’Il ordonna à Abraham, Son Ami intime (que la paix soit sur lui), de sacrifier son fils. Allah l’avait en effet choisi pour ami, et une telle amitié exige que l’Ami soit le seul objet d’amour, sans le moindre rival ; Son amour envahit alors chaque parcelle du cœur et de l’âme, au point qu’il n’y reste aucun espace vide de cet amour, encore moins un lieu où pourrait s’installer l’amour d’un autre (1).
Lorsque Abraham demanda un fils et qu’il le reçut, l’enfant s’empara d’une part de son cœur, comme tout enfant occupe une part du cœur de son père. Le Bien-Aimé manifesta alors Sa jalousie à l’égard de Son ami : comment celui-ci pouvait-il laisser, dans son cœur, une place pour un autre que Lui ? Il lui ordonna donc de sacrifier son fils afin d’extirper cet amour secondaire, de sorte qu’Allah fût pour lui plus aimé que tout, et qu’il ne demeurât dans son cœur qu’un unique amour. Abraham prépara son âme à obéir et se décida fermement ; ainsi l’amour se purifia (2) pour Celui qui en est digne et qui le mérite. L’utilité visée par le commandement se trouva réalisée par cette résolution et cette disposition intérieure à se conformer. Dès lors, l’égorgement en lui-même devint nuisible, puisque l’intérêt était acquis sans lui ; le sacrifice fut donc abrogé pour Abraham lorsqu’il devint une source de dommage, tandis que l’ordre avait été légiféré aussi longtemps que la ferme intention et la préparation de l’âme constituaient un intérêt pour le père et le fils.
Quelle sagesse pourrait surpasser celle-ci ? Quel raffinement, quelle bonté, quelle faveur pourraient excéder cela ? Quelle utilité serait supérieure à celle qui résulte de cet ordre (3) puis de son abrogation ?!