Il en va de même pour tout ce qu’Allah – exalté soit-Il – a abrogé de la Loi ; en réalité, la Loi elle-même, dans son ensemble, n’échappe pas à ce principe, quand bien même l’aspect de l’intérêt ou du tort qu’il recèle demeurerait caché à la majorité des gens.
De même, la permission de s’emparer du butin de guerre était blâmable pour les communautés qui nous ont précédés, afin que son autorisation ne les pousse pas à combattre pour lui ni à œuvrer pour autre qu’Allah, perdant ainsi le bénéfice de la sincérité – le plus grand des bénéfices. Le Sage des juges protégea donc (1) ce bien suprême en le leur interdisant, de sorte que leur combat fût exclusivement pour Allah et non pour la vie d’ici-bas. Tel était, pour eux, l’intérêt de son interdiction. Puis, lorsqu’Il fit advenir cette communauté (2), la plus accomplie en raison, la plus ferme dans la foi, la plus parfaite en unicité (3) et en sincérité, la plus avide de l’au-delà et la plus détachée d’ici-bas, Il lui permit le butin ; cette permission était louable pour elle, bien qu’elle fût blâmable pour ceux d’avant. Elle ressemble à l’autorisation qu’accorde le médecin de manger de la viande au bien-portant dont il ne craint aucun préjudice, alors qu’il l’interdit au malade fiévreux.
Le même jugement s’applique à ce qui fut établi, au sein d’une même révélation, à une époque puis abrogé à une autre, tel le choix laissé, au début de l’islam, entre nourrir les pauvres et jeûner : le jeûne était alors chose inaccoutumée, contraire aux penchants naturels, car il exigeait de se priver de ce qui leur était familier et aimé ; ils n’en avaient pas encore goûté la douceur, ni perçu les suites louables et les multiples bienfaits qu’il recèle. On les laissa donc choisir entre le jeûne et l’aumône alimentaire, tout en les encourageant à jeûner. Puis, lorsqu’ils en comprirent la raison profonde (4), qu’ils s’y habituèrent et qu’ils discernèrent