l’abrogation puisse porter sur un acte, car ce qui appartient à l’essence demeure avec elle : tant que l’essence subsiste, la propriété qui lui est inhérente ne disparaît pas.
Or il est notoire que le mensonge devient louable lorsqu’il permet de préserver l’inviolabilité d’un Prophète (1) ou celle d’un musulman. Si sa laideur était vraiment intrinsèque, il serait blâmable partout et en toute circonstance.
De même, toute prescription de la Loi qui a été abrogée : si sa beauté relevait de son essence, elle n’aurait jamais pu devenir blâmable ; et si sa laideur relevait de son essence, elle n’aurait jamais pu devenir louable du seul fait de l’abrogation.
Ils ajoutent encore : si la qualification était véritablement essentielle, les deux contraires se réuniraient dans le cas de celui qui déclare : « Demain, je mentirai », puis dans le mensonge même. Deux situations sont en effet possibles : soit il mentira le lendemain, soit il dira la vérité.
– S’il ment, son second propos est blâmable parce qu’il est un mensonge, mais il est en même temps louable puisqu’il rend véridique la première affirmation ; or ce qui entraîne un bien est lui-même bien. Le second propos réunirait donc beauté et laideur, deux contraires.
– S’il dit la vérité, le second propos est louable en tant que véridique par lui-même, et blâmable du fait qu’il implique le mensonge de la première affirmation ; les deux contraires se trouveraient donc réunis.
Ils disent encore : si le meurtre, la flagellation ou l’amputation des membres étaient laids par essence, ou par une qualité inséparable de leur essence, ils ne pourraient devenir louables quand ils sont appliqués sous forme de peines légales ou de talion, car ce qui résulte de l’essence ne s’en sépare jamais. Or, puisque ces mêmes actes changent de qualification dans les cas évoqués et d’autres semblables, il s’ensuit que leur laideur n’est pas intrinsèque (3).