Neuvième aspect : tu dis : « Et s’il ne dépend pas d’un facteur déterminant, l’acte est fortuit. »
Que comprends-tu exactement par « fortuit » ? Vises-tu un acte qui n’aurait aucun agent ? Ou un acte dont l’agent le détermine par son choix ? Ou bien encore une troisième acception ?
Si tu entends par là la première, il ne s’ensuit nullement, de l’absence d’un déterminant contraignant, que l’acte provienne d’un non-agent. Si tu entends la seconde, il n’en résulte pas qu’il devienne contraint. Et si tu vises une troisième acception, expose-la.
Dixième aspect : tout ce que prouve ton argument, c’est que l’acte devient nécessaire dès lors que sa cause est présente. Or tu n’as fourni aucune preuve, hormis une affirmation gratuite, pour établir que ce qui est nécessaire en ce sens échappe à toute qualification de bien ou de mal. Où donc est la démonstration qu’un acte rendu nécessaire pour cette raison ne saurait être déclaré bon ou mauvais ? Ton raisonnement ne montre qu’une chose : les actes non volontaires ne peuvent être jugés bons ou mauvais. Le point litigieux, lui, n’est pas touché par la preuve invoquée ; et ce qu’elle touche, pour peu que ses prémisses soient exactes, ne fait l’objet d’aucun désaccord. En définitive, ton argument ne prouve rien.
Onzième aspect : ta sentence : « Il s’ensuit qu’il ne peut être qualifié de bon ni de mauvais selon les deux écoles » est fausse. Tes contradicteurs n’écartent la qualification de bien ou de mal que lorsque l’acte ne relève ni de la puissance ni du choix. Quant à ce qui procède de la puissance et du choix, jamais ils ne t’accordent qu’il serait impossible de le dire bon ou mauvais.
Douzième aspect : si ton argument tenait, il en résulterait l’abolition pure et simple des prescriptions révélées et de toute responsabilité morale ; car la charge religieuse ne porte que sur les actes volontaires. Il est impensable d’imposer au trembleur de maîtriser les secousses de sa main, de sommer le fiévreux de chauffer sa propre peau, ou de réclamer au transi de répondre de son frisson (1),