Par ailleurs, des hommes d’envergure issus de leur propre école ont adressé des critiques à ces arguments : Abû ʿAbd Allâh Ibn al-Khaṭîb (1), Abû al-Ḥasan al-Âmidî (2), et le Qâḍî (3). Chacun d’eux a cependant emprunté une démarche parmi les plus viciées, et le Qâḍî n’a fait que leur emboîter le pas dans ces mêmes impasses. En définitive, ces savants se fondent sur trois méthodes corrompues, s’employant ensuite à réfuter toutes les autres et à les discréditer.
Nous allons donc exposer les voies argumentatives qu’ils ont adoptées et en démontrer la fausseté :
– Premièrement, Ibn al-Khaṭîb s’appuie sur la voie la plus répandue : l’acte du serviteur ne serait pas volontaire. Or, ce qui n’est pas un acte volontaire ne peut, d’un point de vue rationnel, être qualifié ni de bon ni de blâmable, point sur lequel les deux camps s’accordent ; en effet, les partisans de la bonté et de la laideur rationnelles reconnaissent (4) qu’un acte ne reçoit telle qualification que s’il est voulu. Comme il serait, selon lui, contraint, il ne saurait donc être décrit comme bon ou blâmable d’après l’un ou l’autre avis.
Pour établir qu’il n’est pas volontaire, il raisonne ainsi : si le serviteur est incapable d’accomplir l’acte comme de s’en abstenir, l’affaire est claire. S’il en est capable, l’acte devient simplement possible ; dès lors, la préférence pour l’accomplir plutôt que pour s’en abstenir requiert-elle un facteur déterminant ou non ? Si elle n’en requiert aucun, tout se produit au hasard, et ce qui relève du pur concours fortuit n’est qualifié ni de bon ni de blâmable. Si, au contraire, elle réclame un facteur déterminant, alors, conjointement à ce facteur, l’acte est soit nécessaire, soit simplement possible ; s’il est nécessaire, il est contraint ; s’il reste possible, on en revient