Une fois cela établi, la consommation volontaire de ces nourritures viles produit l’effet même qu’il importe d’écarter. En revanche, lorsque celui qui les ingère y est contraint, sa nécessité empêche son organisme d’absorber la souillure qu’elles contiennent ; le dommage n’a donc pas lieu, car il dépend du libre choix grâce auquel le sujet réceptif accepte l’impureté nutritive. Lorsque disparaît le choix, disparaît aussi la condition de réceptivité, si bien que le préjudice ne se réalise plus du tout.
Et si cette idée te paraît difficile à concevoir, observe les aliments et les boissons nuisibles dont le tort est inévitable lorsque les consomme, de son plein gré, celui qui pourrait s’en passer ; qu’une nécessité aiguë l’y contraigne et qu’il n’ait plus d’alternative : ces mêmes substances lui seront bénéfiques et ne lui causeront aucun mal, parce que la disposition naturelle de son corps, son état de besoin et l’inclination qui en découle l’empêchent d’en subir le préjudice, contrairement (1) à la situation de libre choix.
De tels exemples sont notoires et constatés par l’expérience sensible. Si cela vaut déjà pour des qualités matérielles dont l’action sur leurs supports se perçoit par les sens, que doit-on penser des qualités immatérielles dont l’effet n’est connu que par la raison ou par la Révélation ?
Ne t’imagine donc pas (2) que la nécessité supprime ou transforme la nature du sujet : nous n’avons jamais rien affirmé de tel, et nul homme sensé ne le soutiendrait. La nécessité ne fait qu’entraver et neutraliser l’action de la qualité ; elle agit comme un obstacle qui bloque l’effet du facteur opérant, sans pour autant anéantir sa puissance. Ne vois-tu pas qu’une épée affûtée, lorsqu’elle rencontre la pierre, est empêchée de couper et de produire son effet, sans que son tranchant ni son aptitude à fendre une matière appropriée en soient altérés ?