Un exemple l’illustre bien : Dieu ‑ exalté soit-Il ‑ a interdit la bête morte, le sang et la chair de porc, parce que leur ingestion comporte un préjudice prépondérant : la souillure de la nutrition. Or l’aliment influe sur celui qui s’en nourrit (1), de sorte que quiconque se nourrit de ces impuretés voit son âme se corrompre. Parmi les beautés de la Loi révélée figure donc l’interdiction de ces nourritures viles.
Si toutefois quelqu’un y est contraint et craint de périr faute de les consommer, elles lui deviennent permises. Cette permission signifie-t-elle que la souillure qui les caractérise subsiste, simplement contrebalancée par un intérêt supérieur – la sauvegarde de la vie –, ou faut-il dire qu’avec cette permission la qualification d’impureté disparaît, si bien que ce qui lui est alors licite est pur, alors même qu’il serait impur en temps normal ?
La question est subtile ; pour l’élucider, il faut pénétrer les secrets de la Loi et de la nature. Ne la tiens donc pas pour négligeable, mais accorde-lui toute ton attention et ta réflexion. Les savants y ont vu deux positions :
– Nombreux, pour ne pas dire la plupart, se contentent d’un simple arbitrage : tout en maintenant la qualification d’impureté, ils estiment que l’intérêt qu’il y a à sauver la vie l’emporte sur le préjudice provenant de la souillure de la nutrition.
– Cet avis, toutefois, est celui de personnes qui n’ont pas poussé l’examen jusqu’au bout ni approfondi la méditation, se contentant de l’apparence des choses. Ce qui est juste, c’est que la qualification d’impureté s’évanouit en situation de nécessité.
Pour lever le voile sur la question, sache que cette qualification n’existe pas en soi dans la matière ingérée : elle naît de la rencontre entre l’agent et le sujet réceptif ; elle résulte tout à la fois de celui qui se nourrit et de l’aliment. Il en va de même de l’action du poison sur le corps : elle dépend à la fois de l’agent et de la réceptivité du sujet.