— Si vous lui enjoignez de rester sur place, c’est impossible ; si vous lui ordonnez de traverser la parcelle pour en sortir de l’autre côté, vous lui imposez un déplacement et une immixtion dans la propriété d’autrui. De même, si vous exigez qu’il rebrousse chemin, cela implique encore un mouvement et une action sur une terre usurpée. Nous nous trouvons donc devant un conflit entre l’intérêt et le préjudice : quel jugement faut-il rendre dans une telle configuration ?
Il en va de même pour l’homme coincé entre des blessés étendus, agonisants, sans autre issue que de marcher sur l’un d’eux : s’il reste sur celui qui est sous lui, il le tue ; s’il se déplace vers un autre, il le tue également. Ici encore, l’avantage du déplacement et le tort qu’il cause se neutralisent à part égale.
De même, si l’aube surprend un homme en plein rapport sexuel : s’il poursuit, il annule son jeûne ; s’il se retire, ce retrait fait toujours partie de l’acte, lequel comporte deux mouvements. Nous avons donc là, encore une fois, deux causes qui se contredisent.
Il en est également ainsi lorsque les infidèles se protègent derrière des prisonniers musulmans en nombre égal aux combattants : le choix se réduit à abattre ces boucliers humains ou à s’abstenir et laisser les infidèles massacrer les combattants (1) musulmans. Là encore, l’intérêt et le préjudice se font face à parts égales.
Autre exemple : lorsqu’un incendie se déclare sur leur navire et qu’ils voient la mort approcher, demeurer à bord, c’est brûler ; se jeter à l’eau, c’est périr noyé. De même, si un homme arrive à la nuit de ʿArafat alors que le temps est compté et qu’il ne lui reste que de quoi accomplir la prière du ʿichâʾ : s’il consacre ce moment à la prière, il manquera le stationnement à ʿArafat ; s’il part vers ʿArafat, il manquera la prière. Ici encore, les deux intérêts comme les deux préjudices s’équilibrent exactement.