Les Gens de la Sunnah ne professent nullement ce qu’avancent les kharijites et les muʿtazilites : à savoir qu’une seule faute majeure suffit à anéantir toutes les bonnes œuvres – jusqu’à la foi elle-même – et que celui qui meurt en persévérant dans un grand péché ne possède plus la moindre parcelle de foi, de sorte qu’il demeure éternellement dans le Feu, sans jamais en sortir, ni par l’intercession ni par aucun autre moyen.
Nombre d’entre eux – parmi lesquels al-Jubbâʾî et son fils – ont pourtant évoqué la pesée entre les bonnes et les mauvaises actions ; mais ils soutiennent que si les mauvaises l’emportent, l’homme est voué à l’éternité dans le Feu. Quant à la pesée sans damnation éternelle, telle est l’opinion de l’ensemble des Anciens (as-salaf) et de la majorité des Gens de la Sunnah.
Il est, par ailleurs, une forme d’annulation (al-iḥbâṭ) sur laquelle tous les musulmans sont unanimes : l’annulation de toutes les bonnes œuvres par la mécréance. En effet, il est admis de tous que l’apostasie, lorsque l’on meurt dessus, réduit à néant l’ensemble des œuvres, car le mécréant ne possède aucune bonne action susceptible de le faire entrer au Paradis. Le Très-Haut dit : « Quiconque parmi vous renie sa religion puis meurt en état de mécréance, ceux-là voient leurs œuvres anéanties en ce monde et dans l’Au-delà… » [Coran, 2 : 217].