Les ouvrages composés par les imams du Salaf au sujet de l’ascèse (zuhd) et de l’attendrissement des cœurs furent d’une grande variété ; citons, entre autres, le « Kitâb al-Zuhd » d’Abd Allâh ibn al-Mubârak, de Wakîʿ ibn al-Jarrâḥ, d’Ahmad ibn Ḥanbal, d’Abû Dâwûd as-Sijistânî, d’Abû Ḥâtim ar-Râzî et d’autres encore. Ils veillaient avec le plus grand soin à rapporter les récits des Compagnons et des Successeurs et à les joindre aux hadiths attribués au Prophète ﷺ, conscients que les actes d’adoration ne sont agréés qu’à la condition de provenir d’eux.
À l’inverse, ceux qui pratiquent une ascèse innovée exaltent leurs shaykhs, les suivent aveuglément et se détournent des traditions des Compagnons et des Successeurs. Ils cherchent à attendrir leurs cœurs par des innovations cultuelles, telles que des litanies inventées et l’audition déviée qu’ils nomment « anâshîd ». Ces pratiques sont ainsi devenues les emblèmes de groupes activistes et de sectes hétérodoxes, tels les tablîghiyyas soufis et autres.
Ces mêmes groupes politico-activistes allient une religiosité ostentatoire et l’incitation aux dévotions au soulèvement contre les gouvernants et émirs, allant jusqu’à les excommunier. C’est précisément ce qu’a annoncé le Prophète ﷺ en décrivant le profil des Khâridjites : ils possèdent un ascétisme et des actes cultuels capables d’abuser les gens. Il a dit :
« Il surgira — ou se trouvera — parmi vous des gens qui se consacrent à l’adoration et à la religion, au point de vous émerveiller et qu’eux-mêmes s’émerveillent d’eux-mêmes ; ils sortiront de la religion comme la flèche traverse la cible. » (1)