qu’il ait posé la chose comme condition (1) ou non. De même, selon lui, le serment formulé de cette manière (2), tout comme celui qui est lié à un affranchissement (ʿitq), au ẓihâr ou à la déclaration d’interdit, demeure obligatoire, ainsi que le laissent entendre les propos d’Aḥmad. Il rapporte encore, d’après la transmission de Harb, qu’Aḥmad s’est abstenu de trancher quant à la réalisation de l’affranchissement (3). Tout point sur lequel il est resté réservé, ses disciples l’exposent sous deux avis ; certains en font même une version distincte.
Notre maître a dit : De même que la majorité a reconnu que celui qui jure par un vœu n’est pas, pour autant, considéré comme auteur d’un vœu (4) ; et parce que, s’il suspendait son islam ou sa mécréance à une condition, cela ne deviendrait pas effectif, alors que, s’il visait directement la mécréance, celle-ci prendrait effet sur-le-champ (5) — or ce qui devient effectif immédiatement est, une fois suspendu, plus grave encore —, dès lors, si cette formule, lorsqu’elle est employée en tant que serment conditionnel (6), ne produit aucune obligation, il en va, a fortiori, de celle-là (7).
(1) Dans sa Ḥachiya ‘alā al-Furu’ (t. 137/B), Ibn Nasr Allah illustre par cet exemple : « Si tu entres dans le hammam alors qu’il refuse que tu y entres, mais qu’il tient malgré tout à t’y faire entrer. »
(2) Toujours dans la même Ḥachiya, il prend pour exemple la formule : « Le divorce m’oblige à accomplir telle action, ou bien à m’en abstenir. »
(3) Dans la marge du manuscrit d’al-Azhar accompagnant la 1re édition, on lit cette note : Shaykh Taqī al-Dīn, dans son Sharḥ al-Muḥarrar (à propos de celui qui déclare « achternī min fulān fa-innī raqīquhu », “achète-moi de tel, car je suis son esclave”), et le qāḍī dans la marge d’al-Khilāf, affirment qu’il est invalide de subordonner l’islam à une condition, pour deux raisons : premièrement, l’islam est un contrat comme la vente, le don ou l’ijāra (location), et on ne suspend pas un contrat par une condition ; deuxièmement, l’islam est l’annonce de ce qui est dans le cœur (khabar ‘an mā fī-l-qalb), ce qui ne dépend pas d’une condition.
(4) Ibn Nasr Allah cite également : « Sur la tête d’une esclave : “si je fais ceci” », ou bien : « si je fais ceci, alors je serai tenu d’accomplir le ḥajj ou de jeûner un mois. »
(5) Ibn Qundus commente : « Autrement dit, si l’intention est que la personne tombe en kufr dès l’accomplissement de la condition, elle devient effectivement mécréante au moment même de la clause conditionnelle, sans délai. »
(6) Ibn Nasr Allah précise que le terme “cela” renvoie à la suspension de l’islam et du kufr, qui s’accomplissent du fait de l’intention jointe à la condition.
(7) Il ajoute : « C’est-à-dire sans intention de mécréance. »