puis cette sanction, si elle est obligatoire et définitive, relève d’un ḥadd (peine légale), ainsi que l’affirment ceux qui établissent les quatre-vingts coups de fouet pour le vin ou encore ceux qui font entrer en vigueur les trois répudiations lorsque l’époux les regroupe. Mais si son application est laissée à l’ijtihâd de l’imâm, il s’agit alors d’un taʿzîr (châtiment discrétionnaire) ; dans cette situation, les textes scripturaires et les traditions concordent, la peine consistant à interdire quelque chose qui, en principe, pouvait lui être licite.
Il en va de même du taʿzîr par sanctions pécuniaires, solution préférable à l’opinion qui fait compter le divorce prononcé par un homme ivre à titre de châtiment ; en effet, cette dernière se fonde sur une parole illicite dont l’auteur sait pertinemment qu’elle l’est. Si la mise à exécution des trois répudiations devait aboutir au taḥlîl (remariage d’interposition), s’abstenir de les faire compter vaudrait mieux que de les activer, car l’autorisation du taḥlîl en serait alors la conséquence.
C’est sans doute dans cet esprit que certains savants ont jugé effective la répudiation assortie d’un serment : celui qui jure par un vœu a le choix entre l’expiation et l’exécution ; si l’on veut le corriger afin qu’il cesse pareille pratique, on lui ordonne d’exécuter son serment. Ainsi Ibn al-Qâsim dit un jour à son fils : « Je t’ai donné fatwa selon l’avis d’al-Layth ; si tu recommences, je t’en donnerai une selon l’avis de Mâlik. » ʿAbd al-Raḥmân ibn al-Qâsim, imâm en jurisprudence et en religion, estima donc licite de commencer par l’avis indulgent ; mais si son fils persistait dans ce qui lui était défendu, il le traitait avec rigueur. Tel est exactement le taʿzîr qui, dans certains cas, s’exerce par la sévérité – soit en imposant, soit en interdisant – car châtier par l’obligation équivaut à châtier par l’interdiction.
Quant au ḥadith de Rukâna, Aḥmad l’a déclaré faible, et il ne contient aucune indication sur le statut juridique de celui qui entend prononcer les trois répudiations. À supposer même que l’on puisse, d’après lui, contraindre l’intéressé à subir l’effet des trois, on n’y parviendrait qu’au moyen de l’argument implicite (dalâlat al-mafḥûm). Il se peut aussi que la question posée n’ait visé qu’à déterminer s’il méritait un taʿzîr pour avoir réuni les trois répudiations ; on le punirait alors et l’on s’irriterait contre lui, comme on s’irrita contre Ibn ʿUmar lorsqu’il divorça son épouse durant ses menstrues. Or le taʿzîr ne s’applique qu’à celui qui connaît l’interdiction, et ces Compagnons savaient déjà que le divorce pendant les menstrues est prohibé.