797 – Lequel de ces deux jeux est-il l’objet de l’interdiction la plus sévère : le nard ou les échecs ?
– Ibn al-Qayyim déclare : « Les savants qui les tiennent pour illicites (1) ont divergé : les échecs sont-ils plus rigoureusement interdits que le nard, ou bien le nard l’est-il davantage qu’eux ?
Il est authentiquement rapporté d’Ibn ʿUmar qu’il a dit : “Les échecs sont plus mauvais que le nard.” Mâlik l’a, lui aussi, affirmé expressément.
Imâm Ahmad et Abû Ḥanîfa, en revanche, estiment que le nard est l’objet d’une interdiction plus grave que les échecs.
Shaykh al-Islâm Abû al-ʿAbbâs Ibn ʿAbd al-Ḥalîm Ibn ʿAbd al-Salâm al-Ḥarrânî (qu’Allah lui fasse miséricorde) commente : « Les deux avis sont corrects, chacun sous un certain angle. En effet, le nard s’accompagne, la plupart du temps, d’une mise, contrairement aux échecs. Ainsi, un nard avec enjeu est plus condamnable que des échecs dépourvus d’enjeu. En revanche, si les deux jeux comportent une mise, ou si tous deux en sont exempts, alors les échecs sont pires que le nard, car ils exigent une réflexion qui distrait leur pratiquant bien plus que ne le fait le nard. C’est pourquoi l’on dit que les échecs reposent sur la doctrine du qadar (déterminisme), tandis que le nard se fonde sur la doctrine du jabr (contrainte) ; leur nuisance pour l’intellect et la religion dépasse donc celle du nard.
Lorsque ces jeux sont pratiqués sans enjeu, leur interdiction provient uniquement de l’acte lui-même. S’ils comprennent un enjeu, l’interdiction s’appuie alors sur deux fondements : l’acte en tant que tel et la consommation illégitime des biens d’autrui. Ils atteignent ainsi le même degré d’illicéité que la chair d’un porc mort. Ahmad a dit : “Elle est illicite à double titre ; si, de plus, on l’a usurpée ou volée à un chrétien, elle devient illicite à triple titre.”
L’intensité de l’interdiction se renforce ou s’atténue en fonction de la gravité des préjudices qu’elle recouvre et de la multiplicité de ses causes. Sache-le. » [Al-Furûsiyya 314-315] (2).