Il est probable qu’Ibn ʿUmar lui ait dit : « Accomplis le ḥajj en ifrâd (seul). » L’autre aura alors cru comprendre : « Il n’a formulé la talbiyah que pour le ḥajj. » En effet, l’expression « ifrâd du ḥajj » était couramment employée pour signifier : n’accomplir que les actes propres au ḥajj. Par là, les Compagnons entendaient répondre, d’une part, à ceux qui soutenaient qu’il avait fait un qirân comprenant deux circumambulations et deux parcours de saʿy, et, d’autre part, à ceux qui prétendaient qu’il s’était délesté de son iḥrâm. Ainsi, tout Compagnon rapportant qu’il avait effectué un ḥajj en ifrâd réfute ces deux opinions.
Cette explication se confirme par le récit qu’enregistre Muslim dans son Ṣaḥîḥ, d’après Nāfiʿ, d’après Ibn ʿUmar : « Nous nous sommes mis en iḥrâm avec le Messager d’Allah ﷺ pour un ḥajj accompli seul. » Dans une autre variante : « Il entra en iḥrâm pour un ḥajj accompli seul. »
Si l’on déduit de cette version que le Prophète ﷺ s’est mis en iḥrâm pour un ḥajj isolé, on rétorque qu’une chaîne de transmission plus solide encore, rapportée par Ibn ʿUmar, établit que le Prophète ﷺ a, en réalité, pratiqué le tamattuʿ (ʿumrah suivie du ḥajj) : il débuta par l’iḥrâm pour la ʿumrah, puis formula celui du ḥajj. Tel est le témoignage transmis par al-Zuhrī, de Sâlim, d’après Ibn ʿUmar.
Tout propos d’Ibn ʿUmar semblant contredire cela tient soit à une erreur qui lui a été imputée, soit à une intention qui rejoint en fait la précédente interprétation, soit encore au fait qu’Ibn ʿUmar, sachant que le Prophète ﷺ n’avait pas rompu son iḥrâm, pensa qu’il avait accompli l’ifrâd — comme il se trompa lorsqu’il affirma que le Prophète ﷺ avait accompli une ʿumrah en Rajab, simple oubli de sa part. En effet, le Prophète ﷺ n’ayant pas interrompu son iḥrâm, attitude habituelle chez le pèlerin en ifrâd, Ibn ʿUmar crut qu’il avait suivi cette formule.
L’auteur a ensuite cité (1) le ḥadith d’al-Zuhrī, rapporté de Sâlim, d’après son père : « Le Messager d’Allah ﷺ a pratiqué le tamattuʿ… » ; puis les paroles d’al-Zuhrī : « ʿUrwah m’a également transmis de ʿÂʾishah un récit identique à celui de Sâlim, d’après son père. » Il a déclaré (2) : « Voici l’un des hadiths les plus authentiques qui soient sur la surface de la terre ; il provient d’al-Zuhrī — le plus savant de son époque en matière de sunna — par l’intermédiaire de Sâlim, d’après son père, et il compte au nombre des chaînes les plus sûres. »